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Pour finir en beauté l’année du bicentenaire de la naissance de Juste
OLIVIER, il nous a paru opportun de vous présenter, avec son accord, le
Message du 1er août 2007
de Monsieur le Municipal Gilles ANEX. Qu’il en soit remercié.
Comité du bicentenaire
J.-P. Meylan, Président
« Chère population, chers hôtes, chers amis de Gryon,
Bien loin de l’agitation et la notoriété remuante d’un certain Grütli,
permettez-moi de vous saluer au nom des autorités gryonnaises et de vous
remercier de l’honneur que vous nous faites de partager cette soirée de
fête nationale en notre compagnie.
Que vous dire ce soir qui n’ait été déjà dit cent fois sur le
patriotisme et notre beau pays ? La belle assemblée que nous formons,
réunie sous les signes de la simplicité et de la convivialité suffit
d’elle-même à refléter notre attachement à la cause qui nous rallie
toutes et tous, chaque année, le premier jour du mois d’août.
Il est un sujet beaucoup plus d’actualité pour notre petite communauté
que je me dois d’honorer ce soir. Vous aurez déjà certainement entendu
parler du 200e anniversaire de la naissance du poète Juste Olivier.
Si le personnage reste assez lointain et flou dans votre souvenir,
personne par contre n’ignore la fameuse chanson de la Mi-Eté de
Taveyanne que Juste Olivier a composée et offerte à la Jeunesse de Gryon
en 1869.
René Char disait « un poète doit laisser des traces de son passage, non
des preuves ». Et il avait raison car une trace suggère, une preuve
condamne. Une trace est le tremplin du monde imaginaire, une preuve est
le tombeau du réel.
Et dans notre monde devenu si matérialiste, si conformiste, si
normaliste, j’en suis convaincu, nous avons tous besoin de ces petits
moments hors norme, de ces instants hors du temps que seul les poètes,
les chantres et autres baladins savent susurrer à notre imaginaire.
Cette part de folie, de rêve fait partie de notre équilibre, de notre
harmonie intérieure. Autrefois, les rois avaient leurs fous, le peuple
ses diseurs d’aventure mais aujourd’hui, bien heureusement, nous savons
encore prendre le temps de suivre cette échappatoire, de lâcher quelques
instants nos tracas quotidiens, notre normalité, pour le monde de
l’émerveillement.
Les acteurs de cinéma et autres stars ont remplacé les conteurs, les
bandes dessinées ont supplanté les alexandrins, les « dj’s » enflammés
des discothèques concurrencent les opéras. Qu’importe ! Le monde a
évolué, la société change mais l’âme humaine a toujours aussi soif de se
laisser emporter dans les méandres du monde artistique et c’est bien
heureux !
Et comme il faut savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va… il est
primordial d’honorer les grands hommes qui ont façonné notre histoire,
nos valeurs. Ils ont laissé une empreinte salutaire sur laquelle nous
nous appuyons pour mieux avancer.
En ce sens, Juste Olivier a su mettre des mots, a su observer et voir ce
que les gryonnais côtoyaient depuis des générations sans forcément y
prêter grande attention.
Là où ils voyaient un terrain pentu à faucher à la main, …
Juste Olivier a vu la verte prairie bucolique,
Là où ils voyaient le chemin raide à gravir, …
Il a vu le joli sentier serpentant vers les sommets,
Là où ils voyaient d’importants troupeaux à traire avant l’aube, …
Il a entendu le doux carillon des sonnailles.
Il a compris rapidement la vie difficile et rude de ces montagnards, les
lourds labeurs à abattre sur une belle saison, toujours trop courte, en
vue des hivers rigoureux. Il a capté leur façon parfois abrupte de
s’exprimer, leur timidité ou leur gaucherie dans leurs rapports aux
autres. Mais il a surtout su percevoir, au-delà de ces apparences, toute
la fierté qu’ils avaient de travailler la terre de leurs ancêtres, tout
le bonheur qu’ils mettaient à perpétuer des savoir-faire et toute
l’allégresse qu’ils savaient donner à leurs fêtes.
Car ici en haut, on savait s’amuser. Ici en haut, point de temps pour
les mondanités, on vivait pleinement chaque instant. Les rares sorties,
les rares fêtes représentaient autant de bonheurs à vivre.
Juste Olivier a bien compris cette sensibilité des gryonnais et il a
réussi, avec ses mots de la ville, ses mots de poète, à changer leur
regard sur leur propre monde.
De cette image de village montagnard que les jeunes fuyaient pour des
contrées moins rudes, ils ont pris conscience qu’ils avaient dans les
mains, sous leurs yeux, un énorme trésor. La nature, la montagne, les
vieux chalets, la simplicité et la joie de vivre étaient des atours que
les cités courtisanes n’avaient pas. En vantant ces trésors, Juste
Olivier allait donner une impulsion énorme à une nouvelle aire : celle
du tourisme.
Qu’il soit remercié pour avoir contribué à l’ouverture de Gryon sur le
monde, qu’il soit remercié pour son attachement à nos paysages, qu’il
soit remercié pour cette trace émotionnelle qui transparaît dans ses
écrits.
Un poète doit laisser des traces de son passage, non des preuves.
Aussi, quelle autre manière de conclure mon message que par une de ses
traces, un extrait de ses textes qui démontre la force des rapports
humains, l’indispensable nécessité de vivre ensemble face au temps qui
s’écoule. Je cite :
Comme un décor obéit au sifflet,
Du ciel se meut la toile peinte immense,
Mais chaque jour c’est le même ballet,
Que le suivant sans faute recommence,
La veille ainsi prédit le lendemain,
Et du passé l’avenir s’ensemence.
Nous allons tous par le même chemin,
D’un mur d’épine ou de fleur qu’on le ceigne,
Petits et grands, nous nous donnons la main.
Chers amis de Gryon, nos chemins, ce soir, se rejoignent autour de ce
feu patriotique. Je vous remercie de partager ces instants avec vous et
vous souhaite une très belle fête ».
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