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LE BOUQUETIN
SEIGNEUR DES CÎMES
Combien d’entre vous se souviennent du parc des Bouquetins de Bretaye ?
J’y pensais en prenant le sentier qui part de la station du BVB, et qui
longe l’ancien parc, dont on voit encore un ou deux pitons. J’avais à
l’époque 7 ou 8 ans, et j’étais ébahi par la puissance de cet animal.
Plus tard, il m’est arrivé de le fréquenter, en tout bien tout honneur,
lors de mes balades à la réserve de la Pierreuse. Or, il y a un pair de
temps, sous les Rochers du Van, j’ai à nouveau ressenti cette puissance,
en présence à 20 ou 30 mètres maximum, d’un magnifique mâle, qui debout
sur un becquet, me narguait. Il n’était pas inquiet, et j’ai pu
l’admirer une dizaine de minutes, avant que d’un bond élégant, il
s’enfuie rejoindre la harde. Bien évidemment, pour une fois je n’avais
pas mon appareil photo. Piqué au vif, je me suis décidé à vous faire
partager mon admiration, pour cet animal emblème typique de nos Alpes,
et qui faillit disparaître sous le feu des braconniers et des chasseurs.
Je me suis donc intéressé de plus près à ce symbole du canton des
Grisons.
Description
Impossible à confondre avec un autre animal de nos Alpes, le bouquetin
est un ongulé, au corps massif, puissant et trapu, campé sur des membres
robustes. Les cornes annelées, en forme de sabre du bouc, trophée envié
de nombreux chasseurs, sont particulièrement impressionnantes et peuvent
atteindre une longueur d’un mètre et peser près de six kilos. Celles de
l’étagne (femelle) sont plus petites, pourvues d’annelures moins
saillantes ne dépassent généralement guère plus de vingt-cinq
centimètres ce qui, avec sa taille nettement plus réduite, et l’absence
de barbichette, les distinguent nettement des mâles. La couleur de la
fourrure change au fil des saisons, surtout chez les boucs. Délavé au
printemps, brun foncé vers le début de l’hiver, elle est presque
noirâtre chez le vieux sujet. Durant la saison hivernale, les bouquetins
portent une toison épaisse qui, avec leur accroissement pondéral, les
rends particulièrement massifs.
Habitat
Le bouquetin des Alpes (c.I. Ibex) se cantonne essentiellement aux
étages alpin et nival, préférant les pentes escarpées, accidentées et
rocheuses. A la belle saison, il peut monter jusqu’à 3500 m d’altitude.
Contrairement au chamois, qui parfois partage son domaine, il n’est
absolument pas forestier. Le bouquetin est un animal sédentaire, qui
n’effectue que des déplacements altitudinaux, généralement motivés par
la recherche de nourriture.
Biologie
Le bouquetin est rupicole, extraordinairement adapté à son milieu, bien
plus encore que le chamois. L’anatomie et la musculature de ses membres,
ainsi que l’élasticité de ses sabots, lui permettent de franchir des
vires ou des dalles rocheuses ou aucune créature n’oserait s’aventurer.
C’est un animal attiré irrésistiblement par un sol dur et qui, tant que
faire se peut, évite la terre molle et la neige fondante où il se sent
peu à l’aise.
Les bouquetins sont des animaux grégaires, peu territoriaux, dont les
sexes, en dehors de l’époque du rut, vivent en hardes séparées. Celles
–ci sont généralement constituées de cinq à dix individus, mais peuvent
parfois en réunir une cinquantaine, voire beaucoup plus dans des régions
fortement peuplées. Durant la belle saison, les mâles mènent entre eux
une vie relativement paisible, rarement entrecoupée de heurts comme au
temps du rut. Exclusivement diurnes, les bouquetins passent ainsi une
bonne partie de la matinée à se nourrir, l’après-midi étant généralement
consacré au repos et à la digestion.
Au fil des saisons
L’été, pâtures, siestes et jeux constituent l’essentiel des activités
des bouquetins durant la saison estivales. Ils sont déjà levés lorsque
le soleil apparaît. Tout en pâturant, ils s’élèvent et on peut les
apercevoir à 3000 mètres d’altitude. Les boucs montent plus haut et les
femelles, accompagnées des cabris qui viennent de naître, des éterlons
et des éterles, jeunes bouquetins de l’année précédente, restent plus
bas. Mais, selon le site il peut arriver que ce soit l’inverse. Là, ils
s’installent pour une longue sieste, dans un endroit sec, qui domine le
terrain en contrebas, permettant ainsi sa surveillance. Dans la soirée,
ils descendent en gambadant vers des pâturages où ils broutent durant
deux ou trois heures avant de sommeiller.
L’automne, le pelage s’épaissi et fonce jusqu’à prendre une couleur
brun-chocolat tirant sur le noir. En pleine force, repus après trois
mois de repas assidu, le bouquetin semble dominer la montagne, et
s’affirme comme le maître des lieux.
C’est la période du rut, qui commence à mi-novembre jusqu’à fin janvier.
C’est le seul moment de l’année où les les hardes de boucs et de
femelles se rejoignent. Pendant ces parades nuptiales, les boucs passent
d’un groupe de femelles à un autre, les jeunes mâles cèdent souvent la
place aux plus âgés. Entre les vieux boucs, il y a parfois des
affrontements sévères, mais, plus intelligents que les hommes, chacun
sait où et sa place dans la hiérarchie, construite lors de joutes
spectaculaires tout au long de l’été. Qui n’a pas assisté à ces duels,
ne se rend pas compte de la puissance de ces paquets de muscles, dressés
sur leurs pattes arrières, et s’élançant l’un contre l’autre, cornes
contre cornes, front contre front dans un fracas qui rompt le silence de
la montagne. Ce combat reprend, et quand l’un des mâles se soumet, il
rompt le combat, avant d’être blessé.
L’hiver, le bouquetin reste dans les falaises exposées au sud, donc bien
ensoleillées, ou sur des crêtes déneigées par le vent. Là, il trouve des
touffes d’herbe sèche ou du lichen dont il se contente, car il peut
vivre sur sa réserve de graisse. S’il se déplace, il évite de traverser
des couloirs où la neige est abondante, redoutant de s’enfoncer et de
risquer l’épuisement.
En cette saison hivernale, les hardes ne sont pas accessibles. C’est une
période de tranquillité très importante dans la vie d’un bouquetin.
C’est le moment où les étagnes fécondées sont en pleine gestation.
Au printemps, lorsque la neige commence à fondre, les bouquetins affamés
descendent vers les vallées, pour se gaver des nouvelles pousses, au
grand dam de certains agriculteurs ou forestiers. Ils se débarrassent de
leur pelage d’hiver en se grattant avec leurs longues cornes ou en se
frottant contre les rochers ou les arbres. Début juin, les femelles
s’isolent pour mettre bas, rarement deux. A leur naissance les cabris
n’ont pas de cornes. A trois jours, ils grimpent au rocher et suivent
leur mère. Après les avoir allaités durant une quinzaine de jours, les
mères, avec leurs petits rejoignent la harde reconstituée. Celle-ci
regroupe les étagnes, les jeunes des années précédentes, éterlons et
éterles.
J’espère vous avoir donné l’envie d’en savoir plus sur ce Seigneur des
cîmes.
Jean-Pierre Meylan
PS : Preuve de l’intelligence de ces animaux, ils pratiquent la
régulation des naissances, lorsque la population dans laquelle ils
vivent devient trop nombreuse par rapport aux ressources du milieu. Lors
de la mise en place d’une nouvelle colonie, les étagnes mettent bas
chaque année. Quand le groupe aura grandi, les naissances se feront à
nouveau tous les deux années. "Chapeau les Capricornes".
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